Politique

Un nouveau monde, vraiment?

Les partisans de la décroissance, de la démondialisation et de l’effondrement jubilent. Le coronavirus leur donnerait raison et nous avons eu tort de ne pas écouter Cassandre. Tout ne sera-t-il plus comme avant ? Probablement pas mais certaines inflexions sont nécessaires. Il est hasardeux d’affirmer que nous vivons un moment inédit. Qu’il le soit pour nous, enfants de la paix et de la santé pour tous est certain, mais à l’échelle des temps, les grandes épidémies ont prélevé leur dû et il est utile d’en rappeler le mécanisme et les conséquences. La mondialisation n’est pas un fait nouveau. La

Le CESE, incubateur de démocratie participative

Le Conseil Economique Social et Environnemental - CESE, troisième assemblée constitutionnelle française, est peut-être en train de changer le visage de notre « vieille » démocratie sans que beaucoup en prennent pleinement conscience. Cette institution encore trop méconnue a en effet engagé depuis quelques années un processus susceptible de métamorphoser notre vieille « démocratie représentative, bureaucratique et hiérarchique » évoquée par Alain de Vulpian dans « Eloge de la métamorphose ». Le CESE a été conçu dès le départ pour constituer le trait d’union entre la « société civile organisée »

Débat public, la leçon de Rousseau

Dans la troisième Rêverie du promeneur solitaire Rousseau revient sur l’élaboration de ses idées. Il évoque un assentiment intérieur : il est dans le vrai parce qu’il voit que ses idées sont justes, au sens de la justice et de la logique. De cette façon il soustrait sa réflexion (et sa sensibilité exacerbée) au débat public dont il fustige l’inanité et la méchanceté stérile, un débat où dominent des égos indifférents à la recherche de la vérité. C’est parce qu’il sut préserver sa vérité intérieure de la stérilité ambiante que Rousseau put produire son grand système. On lui doit la révolution

L’Algérie de demain devra compter avec les islamistes

L’Algérie vit un « moment historique » depuis que le 22 février des foules d’Algériens ont commencé à descendre pacifiquement dans la rue, vendredi après vendredi, pour demander une vraie démocratie et la fin du système qui gère le pays depuis des décennies. Le Club des Vigilants a eu la chance de pouvoir en discuter le 17 juin (après le 17 ème vendredi de manifestations !) avec Akram Belkaïd, journaliste (au Monde diplomatique et au Quotidien d’Oran notamment) et écrivain ( L’Algérie, un pays empêché, en cent questions - Ed Tallandier). Il est né en Algérie et y a fait ses études. Jamais la

Raymond Aron pour y voir clair

Récemment Raymond Aron était à la une d’un grand hebdomadaire et un Abécédaire vient de lui être consacré par les éditions de l’Observatoire. Rien d’étonnant dans cette capacité à faire l’actualité dans le contexte de crise que nous connaissons : Aron s’est inlassablement interrogé sur les grands problèmes du pouvoir et de la démocratie, sous leur forme historique et éternelle. La société industrielle fut son moment historique. Il aurait été passionné par l’ère digitale et mondialisée, notre moment, où les problèmes éternels mutent dans des formes nouvelles qu’il nous importe de comprendre et

Comment meurent les démocraties

Jean-Claude Hazera vient de publier « Comment meurent les démocraties » chez Odile Jacob, essai historique dans lequel il analyse ce qui s'est passé entre les 2 guerres mondiales en Allemagne, en Italie, en Espagne, en France et aux Etats-Unis. Sauf dans ce dernier cas, la démocratie y a fait place à des régimes fascistes. Pourquoi ? Et quelles sont les leçons à tirer pour comprendre comment meurent les démocraties ? Jean-Claude Hazera commence par observer que, selon lui, la crise économique de 1929 et le chômage de masse qui en a découlé ne sont pas les causes principales de la mort des

Le malheur, une idée neuve en Europe ?

Dans un mouvement à double détente, de la marginalisation des partis traditionnels en 2017 à l’irruption populaire en 2018, la France a rejoint le mouvement de recomposition politique à l’œuvre dans la plupart des pays occidentaux. La diversité des causes immédiates et les idiosyncrasies nationales dans les formes de la crise ne doivent pas masquer l’unité des causes profondes : aucune innovation politique n’a sérieusement répondu aux bouleversements auxquels nos sociétés sont exposées depuis un demi-siècle. Depuis la rupture monétaire de 1971 un nouveau développement du capitalisme, fondé sur

Puissent assez de politiques s’ouvrir aux réalités du terrain, écouter, comprendre et se muer en hommes d’Etat

C’était il y a quatre ans. J’avais lu avec passion le manuscrit que m’avait passé en confiance Françoise Frisch. Jean-Paul Delevoye, alors président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), n’hésitait pas à cautionner l’ouvrage de Françoise Frisch[1] : « une analyse clairvoyante de notre société et non le duplicata éculé de théories anciennes ». Françoise Frisch n’était pas une quelconque agitatrice. Cette universitaire, créatrice d’entreprise, avait représenté le Medef comme vice-présidente du CESE. Son statut de notable donnait une résonnance particulière à son ouvrage

L’apparition du pouvoir incontrôlé de la foule

Beaucoup d’auteurs qui consacrent leurs réflexions aux Gilets jaunes fonctionnent dans le cadre classique de l’histoire et de l’économie traditionnelle : références à Louis XVI, … Certes des invariants dominent l’évolution, tels que les besoins fondamentaux, les pulsions sociales (désir d’enrichissement …) et quelques principes d’organisation politique, mais il y a aussi les facteurs passés sous silence et que je résumerai dans l’affirmation suivante : en 2007 a été introduit l’iPhone dans le public et 2011 a connu le printemps arabe qualifié à juste titre de révolution Facebook. C’est pour

Macron, le bouc émissaire ?

Pour comprendre la crise des gilets jaunes en ce début décembre, le plus utile ne serait-il pas de relire « Le bouc émissaire », de René Girard ? Pour échapper à la contagion de la violence et à l’autodestruction, nous dit le philosophe, les sociétés recherchent une victime expiatoire, un bouc émissaire qui sera injustement sacrifié. Le « tous contre un » neutralise la violence et parvient à rétablir la concorde au moins un temps. La victime choisie doit être assez loin du groupe, à la fois différente (c’est un bouc) et semblable (il est parmi nous). Elle présente souvent des qualités extrêmes