
Pourquoi la destruction de vieux monuments comme ceux de Palmyre, décrite comme une oasis du désert de Syrie, nous touche-telle tant ? Malgré une certaine volonté de garder la mesure et d’en atténuer l’impact, certains disent qu’il n’y a pas mort d’hommes, cet évènement nous atteint, quoiqu’on en dise, profondément. Il ne s’agit pas en effet de la destruction d’une barre d’HLM, bien que souvent leurs anciens locataires fassent aussi triste mine, regrettant « le bon vieux temps ». Il ne s’agit pas non plus à priori d’une perte d’importance, d’un décès, de meurtres, d’une catastrophe naturelle effroyable, d’une horreur telle que l’on est habitué à voir dans les films ou même dans la réalité comme l’explosion de la bombe sur Hiroshima. Il s’agit d’autre chose et il nous vient un sentiment de désespoir, de nausée, pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’un acte volontaire, délibéré, qui s’attaque à nos racines propres, à notre humanité, à notre vision du monde puisqu’il se veut faire table rase du passé mais aussi à notre futur. La destruction du temple de Baal, dieu de la fertilité, nous renvoie à nos errements, à notre recherche du sacré, à notre trajectoire, nous avons été, nous sommes et souhaitons devenir. La destruction de Palmyre est insidieuse car si elle ne tue pas les corps, elle tue l’esprit et nous enlève nos repères. La pierre est silencieuse et ne se défend pas, la pierre ne saigne pas, la pierre n’a pas mal et ne crie pas, mais nous savons que la pierre perdure laissant une trace de nous-même longtemps après notre départ au-delà des temps. Détruire la pierre, c’est donc détruire le message de notre présence, notre message.
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