
La campagne présidentielle est le point d’arrivée d’un long processus de rejet des élites politiques. L’absence, au second tour, des partis de gouvernement piliers de la Ve république pourrait l’illustrer de façon spectaculaire. Plus généralement, une illégitimité semble frapper quiconque revendique une parcelle d’autorité.
Aux fautes individuelles s’ajoute le reproche de protéger un système inégalitaire et indifférent au sort des vrais gens. L’engouement pré-électoral pour le tirage au sort est une autre facette, n’importe qui plutôt que ceux qui ont l’ambition de se distinguer ! La tendance est mondiale (au moins occidentale) mais la France a ses propres failles : une obsession de l’égalité y entrave la distinction des meilleurs ; un goût intact pour la stratification sociale ralentit la progression des talents issus des diversités.
Cette situation est dangereuse. Aucun groupe social ne progresse s’il ne confie des responsabilités aux meilleurs. C’est là que les problèmes commencent : qui sont les « meilleurs » ? Sont-ils représentatifs ? Quelles sont les conditions pour que le plus grand nombre tolère leurs privilèges ? Ces tensions traversent, à tous les âges, toutes les sociétés. Leur aggravation conduit à une révolution, méthode de renouvellement idéalisée en France mais toujours risquée. Aujourd’hui, deux phénomènes accélèrent tout : la technologie et la mondialisation. Leurs forces sont gigantesques, elles bougent la société dans ses profondeurs. De nouvelles élites, porteuses des nouvelles façons de voir et de faire, doivent accéder aux commandes.
Ces élites seront plus : diverses, féminines, digitales, empathiques, humbles, collégiales, soucieuses du bien public, elles seront moins conceptuelles et davantage portées vers l’action. Elles n’élimineront pas la concurrence mais trouveront des convergences dans leur rivalité. Il n’y a pas de véritable élite qui travaille pour elle seule. L’élite pour le temps présent accompagnera les réformes et cherchera, sans cesse, à intégrer des groupes nouveaux ou mal représentés.
La loi sur le cumul des mandats va contribuer au renouvellement des élus ; la loi d’airain de l’histoire s’occupera des autres. Elle déclasse inévitablement les élites inadaptées ou dévoyées. D’ici-là, à la veille d’une élection cruciale, il est bon de se souvenir d’un autre principe essentiel : l’élite d’une société ouverte accepte son propre renouvellement.
Commentaires
L'héroïsme des élites.
Sans nécessairement s'immoler
Pour une Charte de l'elite politique...
La lecture de cet article de P. BLOIS ainsi que du commentaire précédent de M. HAERTIG, qui dit que "tout élite a pour principe de base de... chercher a conserver son pouvoir", me conduisent à me demander quelle est la définition donnée par le dictionnaire académique.
ELITE: Groupe minoritaire de personnes ayant, dans une société humaine, une place éminente due ... à "certaines qualités qui sont valorisées socialement."
Cette définition porte à se poser la question de la VALIDITE de son usage actuel pour représenter, en particulier, le groupe des personnes qui, en démocratie, se proposent d'en être les "guides et les dirigeants", ceux qui conduisent tous les autres sur le bon chemin et qui définissent pour les autres quelle sont les règles et lois a respecter.
Si on s'en tient a la définition du dictionnaire, on peut être tenté de penser que nos "guides et dirigeants" doivent posséder de manière évidente les "certaines qualités" qui sont valorisées par la société humaine dont ils font partie" !
Pour le cas des personnages politiques, POURQUOI UN TEXTE OFFICIEL, approuvé démocratiquement par tous les citoyens, au moins au niveau constitutionnel national, NE SERAIT-IL PAS LA REFERENCE ?
Cela pourrait être une sorte de CHARTE a laquelle devrait souscrire, sous peine d'opprobe générale, tous ceux qui veulent prétendre a faire partie de cette ELITE POLITIQUE...
Difficile ? Mais, pourquoi pas...
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