Les Etats-Unis ont assis leur puissance en jouant sur deux registres : ils étaient à la fois forts et admirés. Aujourd’hui, la force subsiste mais l’admiration s’en va. Faute de modèle à admirer ailleurs, le monde se trouve déboussolé.
La science tourne encore à l’heure américaine mais, dans les autres domaines, adieu le soft power ! L’unilatéralisme a fait tellement de ravages à l’international que « l’Oncle Sam » a acquis la réputation d’être sourd, aveugle, quasiment autiste, incapable de comprendre et d’apprécier les ressorts et les motivations de ceux qui ont été nourris par d’autres cultures.
Même les pays amis de l’Amérique se mettent à critiquer ce que jusqu’alors ils se plaisaient à copier. La gouvernance des entreprises ne fait pas exception et le code moral, qui aux Etats-Unis régit les marchés financiers (Sarbanes – Oxley Act, etc.), semble plus lourd que nécessaire et moins efficace que prévu. Les conséquences sont lourdes : en 2000, 50% des introductions en bourse se faisaient en Amérique. Le chiffre est aujourd’hui de l’ordre de 5%.
Il n’y a pas de quoi se réjouir. Le monde a besoin de règles. Pour l’instant, aucune institution n’est à même d’en édicter. Quant à l’Europe, qui devrait être un phare, elle semble, aujourd’hui, en veilleuse.
Commentaires
Tout, me semble-t-il, est une question de mesure. Ce n'est, certes, pas la peine d'avoir une immense puissance militaire si, comme Bush, on l'utilise à mauvais escient.
Mais être totalement dépourvu de puissance militaire peut se révéler dangereux dans le monde tel qu'il est. Sur ce dernier point, il convient, me semble-t-il, de distinguer deux aspects. Le nucléaire n’est pas fait pour être utilisé mais pour dissuader. Toute la question est de savoir quel est le seuil minimum mais suffisant pour assurer la dissuasion. Le deuxième aspect est, du moins en ce qui concerne l’Europe, l’obligation d’avoir des forces suffisantes pour assurer, dans certaines circonstances, la projection de la paix.
Le « soft power » européen implique évidemment la renonciation à toute idée agressive. Mais le maintien de la paix exige parfois de l’action. C’est en ce sens que j’emploie l’expression « projection de la paix ».
Au total, quelles seraient, en terme de chiffrage, les dépenses nécessaires à une dissuasion minimale et à un renforcement des capacités opérationnelles à longue distance. Je le sais d’autant moins que le calcul devrait être fait en tenant compte des complémentarité entre pays d’europe. Tout ce que je sais est qu’il devra subsister, de toute façon, un budget militaire (malheureusement) conséquent.
Pourquoi y avait-il la moindre admiration d'ailleurs ? Nous savons aujourd'hui que la puissance américaine a été acquise au moyen de dictatures imposées dans les pays trop proches du communisme, ou de n'importe quoi ne ressemblant pas au libéralisme.
La France, et l'Europe, ne devraient pas chercher la Puissance.
Déjà parce qu'à cause du poids que leur ont conféré l'Histoire, elles ont déjà beaucoup de responsabilités dans "la bonne marche" des relations internationales et que plus de Puissance, c'est plus de responsabilités, ce que les citoyens ne veulent pas forcément.
Ensuite, parce qu'à cause des changements économiques accentués par la mondialisation libérale, la Puissance, c'est aussi le risque de contribuer à des inégalités porteuses de communautarismes et de terrotisme.
Beaucoup de bon sens dans les remarques sur cette question.
Je constate néanmoins que, relativement aux dépenses militaires, la précision des dépenses fait pièce au flou des arguments qui sont censé les justifier.
On est prêt à débattre longuement sur des détails (toute proportion gardée) mais sur l'opportunité du budget militaire, 40 Mds € (le 2 ème depuis environ 10 ans, le 1er avant) là, motus.
S'il faut l'épée de Damoclès de l'enfer nucléaire pour dissuader les chefs d'états de s'agresser mutuellement, c'est qu'ils sont gravement malades.
Partout, l'expression de la puissance militaire engendre des crispations, des frustrations et favorise le terrorisme. La démocratie voudrait que soient consultés, par referendum, les citoyens sur des choix essentiels comme le rôle du pays sur la scène internationale, les moyens impliqués et les renoncements induits en terme budgétaire (le déficit stop, il nous coûte déjà 40 Mds€ par an).
Que ces questions soient mises à jour :
1. Quelle est le "bon niveau" d'une dissuasion nucléaire, ou combien de millions d'humains faut-il brûler pour dissuader un pays "d'attaquer" ?
2. Le Japon et l'Allemagne qui n'ont jamais eu de dissuasion nucléaire ont-ils été attaqués depuis la 2è GM ? Ou seulement menacés d'être envahis ?
3. Tous les pays non nucléaires sont-ils méprisables, méprisés au plan mondial ?
4. Nous envient-ils notre "dissuasion" ?,
5. La guerre froide, basée sur la dissuasion, a-t-elle contribué de façon positive à la paix du monde ?
6. Par delà la dissuasion, les multiples interventions militaires sur des théatres extérieurs ont-ils "réglé" véritablement les chaos et conflits ?
7. Le commerce mondial d'armes doit-il être validé comme tout autre business ?
8. Les pays des droits de l'homme peuvent-ils y prendre une quelconque part ? Quid de l'exemplarité ?
En revanche le "soft power" européen devrait :
1/ s'articuler autour d'actions économiques de paix et de prospérité accrue pour tous les peuples. Il leur faut peu pour commencer : l'eau, des toits, des pistes praticables, de l'éducation, des équipements agricoles légers, et bien sûr, la paix,
2/ refuser totalement la corruption et rompre tout lien avec les dictateurs sans scrupules,
3/ renoncer au commerce d'armements, et reconvertir ces industries vers le co-développement,
4/ boycotter tous trafics effectués au mépris des droits humains,
5/ favoriser massivement le commerce équitable dans tous les secteurs.
Aller vers le "moins militaire" ne signifie pas vers le "rien". Mais aller vers le mieux passe par les 5 types d'actions mentionnées plus haut, et ce devrait être là le nouveau rayonnement de l'UE, dont la France, un soft power générateur de paix et d'humanisme.
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