
L’entrée au Parlement suédois, en septembre dernier, des Démocrates de Suède, parti d’extrême droite qui a recueilli 5,7% des suffrages, témoigne
d’une crise de confiance certaine d’une partie de l’électorat européen à l’égard de ses gouvernants.
Aujourd’hui, quelles qu’en soient les causes (crise économique, crise identitaire, crise institutionnelle, etc.), personne ne peut nier
la montée en puissance des expressions nationalistes au sein de l’Union européenne.
Cette montée en puissance, amorcée dans les années quatre vingt, concerne désormais
tous les pays européens (Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Italie, Lettonie, Pays-Bas, Slovaquie, Suède, etc.) y compris le Royaume-Uni longtemps épargné par ce « mal continental ».
A ce jour, outre un parfum de populisme, tous les discours nationalistes développés en Europe conjuguent avec subtilité
le culte du passé et le rejet de l’altérité.
Nier la réalité du mal-être ressenti par une partie de la population européenne ou, pire encore, l’instrumentaliser à des fins électorales, sans y apporter de réponses concrètes, ne suffira pas à stopper l’idée selon laquelle «
c’était mieux avant sans les autres ! »….
De facto, le véritable défi pour les démocrates européens n’est pas de savoir comment
récupérer cette expression politique radicale sur le plan électoral mais
de la neutraliser positivement en redonnant du sens à l’action politique.
A y regarder de plus près, le très bon score (27% des suffrages) réalisé il y a moins de quinze jours par le Parti de la Liberté (FPO) aux élections municipales de Vienne (bastion historique des socialistes depuis 1919) souligne
la fragilité des discours politiques traditionnels.
Heinz-Christian Strache, qui a eu pour mentor Jörg Haider (ancien chef de file de l‘extrême droite autrichienne), a su exploiter avec succès
le rejet du présent (sentiment anti-européen) et
la peur du futur (sentiment anti-mondialisation).
En réalité, en Autriche, comme dans le reste de l’Europe,
les expressions nationalistes se nourrissent en grande partie de l’apathie de l’offre politique classique et de la difficulté des élites à admettre une réalité désormais critique pour nos gouvernants : l‘acceptation du caractère multiculturel de la société (par les populations européennes les plus défavorisées) n’est pas illimitée.
Certes, ce n‘est pas la première fois qu’un tel « décrochage » se produit entre « le sommet» et « la base » sauf qu’aujourd’hui
le rapport de force est inversé. Progrès technologique oblige,
la portée des rhétoriques identitaires et xénophobes sur le net est infiniment supérieure à celles des discours officiels prononcés dans les salons des grands hôtels européens.
Cette configuration inédite n’a pas échappé aux partis d’extrême droite qui n’ont plus besoin d’accéder aux médias classiques pour être audibles et jouer sur une des angoisses existentielles de nos contemporains, celle du déclassement individuel et collectif.
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