Ukraine

Alain Juillet : "Quels gagnants et perdants de l'après-guerre Ukraine-Russie ?"

À quoi pourrait ressembler une paix future entre l’Ukraine et la Russie ? Qui seraient les gagnants et les perdants, notamment sur le plan économique ? Il est toujours stimulant de se confronter à des questions qu’il n’est pas convenable de poser à un moment donné et d’écouter ou de lire des interlocuteurs dont on ne partage pas forcément les points de vue. C’est l’esprit du Club des vigilants. Pour répondre à la question « Guerre en Ukraine : une guerre économique « aussi » ? » il avait invité le 24 avril Alain Juillet, qui a l’expérience d’une double carrière dans les affaires et dans l

Ukraine : en quoi la Russie menace la France ?

Récemment un ami me demandait comment répondre à une question posée par ses « réseaux russophones » : en quoi la Russie est-elle une menace pour la France ? La question m’a d’abord paru décalée. La France est fréquemment menacée de la foudre nucléaire par les ultras du régime qui font corps autour de Poutine. La guerre hybride menée par la Russie gagne en intensité : les cyber attaques, les campagnes de déstabilisation qui polluent, depuis longtemps, nos élections et d’autres plus ou moins opportunistes (les étoiles de David taguées sur les murs de Paris après l’attaque du Hamas ou les

Ukraine : est-ce une guerre mondiale ?

De nombreux commentaires et analyses évoquent une guerre mondiale à propos de l’Ukraine. Souvent la référence vient d’un sentiment d’amplification et de multiplication des fronts, sentiment qui sera évidemment renforcé par l’attaque de l’Iran contre Israël. Nous avons la tentation de chercher une guerre mondiale comme dans les livres pour y trouver des modèles historiques connus et des régularités à partir desquelles on pourrait prédire la suite. Mais l’histoire en train de se faire est à la fois régulière et accidentelle. Elle nous surprend toujours et d’autant plus, qu’en la matière, il n’y

Ukraine-Europe : aux armes, citoyens ?

L’Europe affronte un sérieux dilemme : comment se défendre elle-même en défendant l’Ukraine alors que ses moyens sont limités. Une arme me semble trop absente des réflexions : la mobilisation populaire. Reprenons. L’agression de la Russie contre l’Ukraine est lourde de menaces contre les États membres de l’Union européenne et les États européens membres de l’OTAN qui sont en grande partie les mêmes. À commencer par les plus proches géographiquement de la Russie. L’Ukraine a du mal à contenir l’ennemi faute d’une aide suffisamment abondante et rapide. La réélection de Trump à la présidence des

Guerre en Ukraine, le grand aggiornamento

Nous entrons dans la troisième année de la guerre en Ukraine qui, de toute évidence, ne sera pas la dernière. Une guerre dont la dynamique est considérable étant donné le caractère inexpiable du conflit et la puissance des acteurs engagés et qui, de ce fait, provoque des aggiornamento en cascade. Aggiornamento en France où le Président Macron avait démarré sur un faux-pas (se rendre à Moscou pour rien) et un contresens (ne pas humilier la Russie) en tout point conformes à la tradition d’illusion de la diplomatie française dont la geste inaugurale fut le voyage de De Gaulle à Moscou en décembre

Ce que nous enseigne la guerre en Ukraine

Alors que l’année 2023 s’achève et que l’on se dirige vers une troisième année de guerre, quels enseignements dégager des événements de la guerre en Ukraine, restitués au quotidien par les médias et suivis par de nombreux centres d’analyse ? D’abord que l’imprudence et la prise de risque de Poutine restent difficiles à expliquer. On sait que mue par un cocktail détonnant d’impérialisme et de complexe d’encerclement la Russie, puissance assiégée, répète régulièrement des manœuvres agressives pour rompre l’équilibre à son avantage (Berlin 1948, Cuba 1962, Afghanistan 1979). On sait aussi que la

Ukraine – Quel réalisme avec la Russie ?

La fin de l’été approche. La contre-offensive ukrainienne met les forces russes au taquet mais, à ce stade, elle n’a pas réalisé de percée décisive. Passer la digue de mines et de tranchées, que les Russes ont eu tout le loisir d’installer pendant que l’Occident pesait chaque livraison d’armes, prendra du temps. De part et d’autre on se prépare à une guerre longue, terrible pour les soldats et pour le peuple ukrainien. Les « réalistes » en tout genre en profitent pour relever la tête, tel Nicolas Sarkozy dans une sidérante interview, cette semaine, au Figaro. La clé du conflit serait, peu ou

Ukraine, extension du domaine de la conflictualité

La guerre en Ukraine déclenchée par la Russie en 2014 et généralisée à partir de 2022 se poursuit, désormais mue par une même dynamique : toute résistance ou contre-attaque de l’Ukraine entraîne une escalade par la Russie. Le niveau de conflictualité croit régulièrement. Côté russe, la dynamique est alimentée par l’incapacité du pouvoir poutinien à tolérer l’indépendance, la souveraineté et toute forme d’identité nationale de l’Ukraine. L’acharnement récente sur le patrimoine historique d'Odessa, comme un peu plus tôt celui de Lviv, sans aucune valeur militaire, en est une nouvelle

Wagner, grand révélateur des dynamiques de la guerre en Ukraine

L’épopée wagnérienne fait l’objet de nombreux commentaires et analyses qui convergent pour dire l’humiliation de Poutine et la fragilité d’un pouvoir russe bâti sur une série d’allégeances personnelles plus ou moins douteuses. L’aventure de Wagner pointe aussi vers la défaite russe dont on pense depuis le début qu’elle est tendancielle ; c’est-à-dire, un, que la guerre pousse le pouvoir et la société russes dans des contradictions qui seront à terme insurmontables et, deux, que la confrontation avec la base industrielle et technologique occidentale ne peut être que défavorable à Moscou. Ces

Penser l’impensé nucléaire

Alors que des charges nucléaires russes sont annoncées sur le territoire biélorusse, le monde répète pour se rassurer que l’emploi de telles armes est improbable [1]. Force est pourtant de constater qu’il existe une dynamique des événements qui rend possible un tel scénario. D’abord, la Russie est en échec. Les experts militaires s’accordent à dire qu’elle n’a plus, sur le terrain conventionnel, de réelle capacité d’initiative. Ses offensives d’hiver, sur le front et sur les villes, ont échoué et la montée en puissance de l’armée ukrainienne, supportée par l’arsenal occidental, ne peut qu