Société

La Langue de Zemmour

Professeur à l’université de Stanford (États-Unis), chercheuse associée au Cevipof de Sciences Po, Cécile Alduy s’est penchée sur les procédés rhétoriques du candidat aux élections présidentielles Éric Zemmour, dans un essai bref et incisif, La Langue de Zemmour (Éditions du Seuil, 2022). Elle montre que son style s’inscrit dans une longue tradition de la langue fasciste. Disséquant le discours du candidat à la magistrature suprême, elle montre les procédés par lesquels il clôt toute discussion : la répétition à outrance et l'assertion de vérités générales ( « on sait que », « depuis la nuit

Insoutenables inégalités

La crise sanitaire liée au COVID a-t-elle accentué les inégalités sociales à l’échelle mondiale, entre pays et au sein même de chaque société ? Ou, plus grave encore, a-t-elle mis au jour les failles des systèmes économiques, politiques, sociaux et environnementaux à l’heure de la mondialisation ? C’est à cette dernière question, lourde de conséquences et d’enjeux, que cherche à répondre l’ouvrage de Lucas Chancel 1 intitulé Insoutenables inégalités – Pour une justice sociale et environnementale. L’auteur part du constat que la crise sanitaire du COVID a exacerbé les inégalités à travers le

Et si l’on écoutait un peu plus « la France des terrasses et des barbecues » !

C’était comme une évidence : Thierry Keller, co-fondateur d’Usbek et Rika, le « média du futur », qui (c’est ainsi qu’il le décrit) « tient la chronique des bouleversements de notre temps, avec une méthode prospective et un état d’esprit : vigilance et optimisme » ne pouvait pas ne pas être un jour l’invité des Vigilants, dont « l’optimisme » est l’une des valeurs dominantes clairement affichée. La sortie de son dernier livre « Entre déclin et grandeur. Regard des Français sur leur pays » co-écrit avec Arnaud Zegierman (fondateur de l’institut Viavoice) nous a fourni l’occasion d’échanger avec

Les 100 ans d’Edgard Morin : pensée complexe ou pensée collective ?

Parmi le florilège des productions saluant les cent ans du sociologue Edgard Morin, saluons le remarquable documentaire diffusé sur la chaine Arte, Edgar Morin, Journal d’une vie. Il décrit notamment l’intuition d’Edgar Morin, résumée par la formule de la pensée complexe, qu’on ne comprend la complexité du monde qu’en combinant les approches et en mélangeant les expériences, les expertises, les disciplines scientifiques. Il montre un patriarche très tonique, qui se laisse pourtant aller à un instant d'amertume : il a été fêté par les politiques, mais ni compris, ni utilisé. L’auteur, Jean

Le nouveau contrat social. L'entreprise après la crise

« …Attention au déséquilibre engendré entre le réel et le Toc, si létal pour l’économie» Les auteurs de cet ouvrage dense nous enjoignent d’appliquer une vraie coupure et une méthode face aux bouleversements et incessantes remises en question de cette oppressante pandémie coronavirus qui n’a pas infecté que la sphère de la santé. Ils en appellent au compromis sur la base d’une exigence de justice sociale, de la classe ouvrière aux couches dirigeantes, comme une condition de la cohésion française.Ils la nomment « entreprise cohésive », et lui vouent une ambition de transformation radicale de la

« Le frivole et le sérieux » un livre de Michel Clouscard

Michel Clouscard (1928-2009) fut professeur de sociologie à l’Université de Poitiers. Il a développé une critique fondamentalement marxiste du néo-capitalisme et de ce qu’il appelle la social-démocratie libertaire. Il livre sa conception des rapports entre le gauchisme et l’idéologie libérale contemporaine dans un livre « Le frivole et le sérieux » publié voici plus de quarante ans et réédité en 2017 par Delga. On lui avait prédit qu’il serait à la fois boycotté, ridiculisé, stalinisé (on dirait aujourd’hui nazifié) s’il accédait à une certaine notoriété. Il ne l’a jamais vraiment obtenue ce

Pascal Blanchard : l’histoire de la colonisation française, mal digérée, pèse sur notre société

Historien spécialiste de la décolonisation et de l’immigration, auteur de multiples ouvrages, Pascal Blanchard est co-directeur du Groupe de recherche Achac et chercheur associé à l’Université de Lausanne. Le 17 mars dernier, il était l’invité du Club des Vigilants lors d'un webinaire consacré à la question de la représentation des minorités dans la République. Sa vision de ces sujets intéresse en effet tout particulièrement le Club qui, à la suite de ses travaux sur la difficile intégration dans la société française de certains descendants d’immigrants, vient de publier un manifeste, «

Comme un musulman en France

Tel est le titre d'un essai d'Ismaël Saidi, réalisateur et auteur de la pièce « Djihad » unanimement saluée par la presse et le monde de l'éducation. Loin de la litanie des récriminations qu'on pourrait attendre de la part de ce musulman maghrébin (discriminations, racisme, etc.), ce livre raconte son odyssée en France, dont il parcourt les villes et les villages pour présenter sa pièce, les rencontres qu'elle lui procure avec son public, les questions qui taraudent les spectateurs et l'appel à la raison qu'il leur propose dans ses réponses. Ce livre est une véritable lettre d'amour à notre

Sommes-nous aveuglés par les Lumières... et la laïcité ?

« Nous ne comprenons pas ce qui nous arrive ». Ainsi débute la tribune de Jacob Rogozinski publiée dans le Monde du 12 novembre, avec laquelle il ouvre ce webinaire consacré à la laïcité. Il évoque ainsi les déferlements de colère, voire de haine dans le monde arabe après l'intervention d'Emmanuel Macron défendant les caricatures. Il rappelle d'emblée qu'il est lui-même descendant d'immigrés juif polonais, marié à une catholique et que ses enfants fréquentent l'école laïque. Ce professeur de philosophie, qui a beaucoup travaillé sur l'incitation à la haine et a récemment publié « Djihadisme

Adieu les cons, transhumance suicidaire ? Albert Dupontel

Belle interview d’un artiste humaniste qui fait preuve d’une capacité rare de compréhension des « émotions populaires » que beaucoup de nos politiques pourraient (devraient) lui envier. Esprit critique et anxieux face aux évolutions du monde actuel, grand lecteur et cinéphage (l’interview fourmille de références), Dupontel est amené à parler aussi bien du « chaos géopolitique » que de « la parole médiatique » (« aux mains de peu de monde, et ça se voit »). #MeToo, les Gilets jaunes, Black lives matter ? Des « paroles d’opprimés face à des oppresseurs », différentes expressions pour lui de « l