Monde arabe

Égypte : les risques de dérive

L’Égypte ne cesse de vivre des convulsions. Le courant moderniste, laïc, et sa jeunesse de l’Internet a été au cœur de la révolution du 25 Janvier 2011. Aux élections, il s’est vu voler « sa révolution » par les fondamentalistes qui ont obtenu 74% des sièges au Parlement. Pourtant conscient, dès le départ, du risque, ce courant avait protesté, en vain, contre la tenue des élections à la sortie du mois du Ramadan. Un mois de prières et de dévotion - réelles ou affichées - où les gens sont massivement exposés à la parole des religieux. Tenir des élections juste à la fin de ce mois équivaut à

Al Jazeera pour les « Frères »

Dans l’attente de la fin du processus des élections égyptiennes et, dans un contexte de violence accrue, Al Jazeera, la grande chaîne qatarie, s’est nettement démarquée d’Al Arabia, la chaîne saoudienne qui prenait ouvertement parti pour les plus durs et les plus sectaires des Musulmans, les Salafistes. En affichant le pluralisme, Al Jazeera s’est efforcée de montrer que l’Islam est démocratico-compatible. Ainsi, les manifestations anti-armée que les "Frères musulmans" tentent de contrôler sont-elles présentées benoîtement comme l’appel à un Ordre Moral conforme aux aspirations populaires. C

La Syrie n’est pas une île

La Syrie a des frontières communes avec la Turquie, le Liban, Israël, la Jordanie et l’Irak. La frontière avec l’Irak, longue de 600 km, est éminemment perméable aux trafics en tous genres. Pendant des années, des armes ont été acheminées de la Syrie vers l’Irak pour approvisionner des milices chiites irakiennes fidèles aux mollahs iraniens. Maintenant, le président syrien Bachar el-Assad craint que le courant s’inverse et que des mouvements irakiens sunnites arment des déserteurs de sa propre armée. Curieuse armée syrienne où les officiers sont alaouites (11 % de la population dont

Afrique : après le printemps, les étés

Personne ne pouvait croire qu’après le « printemps arabe », la démocratie allait s’installer uniformément sur toutes les rives de la Méditerranée et jusqu’aux confins de l’Arabie. C’est donc avec un regard sur les particularités de chaque nation – et, là où il n’y a pas de vraie nation, de chaque communauté - que Vigilances a tenté dans ses précédents numéros de repérer quelques risques et quelques chances. De même aujourd’hui : Au Maroc, la Constitution proposée par le Roi et soumise à référendum est une incontestable avancée. Le souverain garde l’essentiel de ses prérogatives mais il y a

Libye : un avenir incertain

Nous avions, dès le départ, émis quelques réserves sur l’intervention en Libye mais nous ne disposions pas de correspondants sur place nous permettant de nous forger une vision claire de la situation et des enjeux. Lors de nos recherches documentaires, nous sommes tombés sur le document intitulé « Libye : un avenir incertain ». Ce rapport a été réalisé par une délégation internationale d'experts qui s'est rendue tour à tour à Tripoli et en Tripolitaine, puis à Benghazi et en Cyrénaïque, afin d'évaluer la situation libyenne en toute indépendance et neutralité et de rencontrer les représentants

Irak : l’enjeu N°1

A Bahreïn, les chiites contestataires sont violemment réprimés. En Arabie, les chiites (même non contestataires) sont étroitement surveillés et souvent discriminés. Pourtant, l’Iran qui est, pour ainsi dire, leur « maison mère » se contente d’émettre de vagues protestations. Pourquoi ? Parce que les autorités de Téhéran ont une autre priorité. A leurs yeux le gros lot, le jackpot, c’est l’Irak. Le 31 décembre, toutes les troupes américaines (47.000 hommes et beaucoup d’équipements), devront avoir quitté le pays. Rien ne prouve que, dès le premier janvier 2012, les forces de sécurité irakiennes

Al Jazeera mène la danse

Al Jazeera est, de loin, la chaîne de télévision de langue arabe la plus influente. Ses journalistes sont de bons professionnels et leur liberté de ton contraste avec le « béni-oui-oui » des médias officiels. Depuis le début du « printemps » tunisien, reporters et commentateurs ont jubilé. Ils pouvaient se permettre d’être du « bon côté », c’est-à-dire pour la démocratie et contre les tyrans. Il leur était seulement conseillé d’être prudents sur les évènements de Bahreïn et du Yémen. Il ne fallait quand même pas trop marcher sur les pieds de l’Arabie Saoudite, cette grande voisine. Reste à

Test tunisien, casse-tête égyptien

Les Tunisiens sont huit fois moins nombreux que les Egyptiens, leur niveau de vie est plus élevé et leur système éducatif plus performant. C’est dire que, si la démocratie ne parvenait pas à s’installer en Tunisie, il n’y aurait aucune chance qu’elle puisse s’installer en Egypte. La Tunisie fait d’autant plus figure de test que, malgré la mauvaise ambiance actuelle, sa mise à flots est à la mesure des moyens dont dispose l’Europe : 5 à 10 milliards d’euros pourraient suffire à relancer la machine. Et la reprise s’accélèrerait dès lors que des investisseurs prendraient à nouveau le risque d

Derrière l’intervention libyenne une question européenne

Français et Britanniques se battent ensemble en Libye. Les Allemands ont catégoriquement refusé l’intervention. Cette configuration n’empêchera certes pas Allemands et Français de se retrouver sur d’autres dossiers ni les Britanniques de conserver leurs relations privilégiées avec les Américains. Elle risque cependant d’affecter durablement les équilibres européens. D’autant qu’elle correspond à une réalité militaire et industrielle. Le traité « de coopération en matière de défense et de sécurité » signé en novembre dernier entre la France et le Royaume Uni, les deux principaux producteurs et

Libye : devoir d’explication

L’intervention en Libye part d’un bon sentiment. Il fallait agir vite si l’on voulait éviter le massacre des révoltés de Benghazi. L’accord obtenu à l’ONU est un heureux précédent pour légitimer l’ingérence humanitaire. Kadhafi est un horrible personnage. Tout cela est indéniable. Il n’en est pas moins vrai que la décision a été prise sans que les contre arguments aient été sérieusement examinés. Citons-en quelques uns : Les « comités populaires » de Kadhafi quadrillaient un pays de structure tribale quatre fois grand comme la France et peuplé seulement de 6 millions d’habitants. Ils