Monde arabe

Démocratie en trompe l'œil

Le président égyptien cherche à obtenir par référendum le consentement du peuple pour une constitution fortement teintée d'islamisme. En médecine, quand on demande un « consentement », il importe que le choix ne soit pas seulement « libre » mais aussi « éclairé », c'est à dire informé des arguments pour et contre. Compte tenu de l'implantation des Frères musulmans et de leurs alliés dans les campagnes, il est probable que ni la minorité Copte ni les oppositions urbaines, intellectuelles et laïques ne pourront se faire entendre de la majorité rurale. Le risque de détournement de démocratie n

Frontières : héritages infernaux

Le conflit syrien déborde de partout et les frontières, nées de l’effondrement de l’empire ottoman après la guerre de 14, sont fragilisées. Tôt ou tard, un nouveau Moyen Orient va se dessiner et, selon toutes probabilités, les changements s’effectueront dans la douleur. Ce n’est pas parce que la France et l’Allemagne se sont réconciliées et que notre vieux continent s’est lassé de ses guerres intestines que le reste du monde s’achemine vers une Histoire paisible. Les haines sont vives à l’intérieur des anciens empires. Ce qui est vrai de l’ex empire ottoman l’est aussi de l’ex empire russe et

Complicités arabes

L'Arabie Saoudite est réputée rétrograde, le Qatar est réputé moderniste mais peut-être y a-t-il répartition des rôles et volonté semblable. Si tel était le cas, Frères Musulmans (chouchous des Qataris) et Salafistes (chouchous des Saoudiens) ne pourraient pas s'opposer durablement. Ces héritiers islamistes des printemps arabes finiraient par s'entendre et l'Europe subirait une pression hostile. Vrai ? Faux ? Probable ? Improbable ? Tous les indices méritent d'être assemblés. Le débat doit être largement ouvert. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Fortress America

Si l’euro s’effondrait, une nouvelle crise ébranlerait le monde. Les dirigeants américains le savent et encouragent leurs homologues européens à éviter le pire. Pourtant, ils ne veulent pas à l’Europe que du bien. Comme nous l’écrivions dans Vigilances 96 « Si les Treasury Bonds se placent facilement, c’est moins pour des motifs économiques que parce que les investisseurs ont tendance à placer leur argent là où le risque géopolitique paraît le plus faible. De là à souhaiter qu'il y ait des emmerdem... dans le reste du monde, il n'y a qu'un pas ». Nos responsables devraient être d’autant plus

L’Innocence des Musulmans : ce que révèlent les réactions au film

Un film satirique à l’égard du Prophète Mahomet, L’Innocence des Musulmans, produit par un américain, a été récemment diffusé sur internet. Ce film a conduit à des réactions violentes dans certains pays Arabes. Ceux qui ont été les plus violents sont ceux qui ont joui récemment de l’appui américain et occidental pour leur « libération » des régimes dictatoriaux, à savoir, l’Égypte où les réactions ont commencé en premier, la Libye, la Tunisie et le Yémen. Dans tous ces pays, la cible des violences a été l’ambassade américaine. En Libye, une attaque en règle avec des hommes armés à visage

Léninistes de l’Islam

Pour qu’une révolution s’arrête à mi-chemin, il faut que le peuple soit content. C’est rare. Dans les pays qui ont connu le Printemps arabe, et particulièrement en Egypte, les « Frères » qui ont pris le pouvoir auront du mal à relancer l’économie et même, plus modestement, à remplir les assiettes de ceux qui ont faim. Ils perdront de leur aura religieuse, seront jugés aux résultats, leur popularité devrait s’en ressentir. Les réformistes (Musulmans modérés, Coptes ou Laïcs) espèrent en profiter mais les Frères les plus combatifs risquent d’être prompts à les accuser de sabotage tandis qu’au

Algérie : après le pétrole et le gaz, le déluge

Un nouveau chef de gouvernement, Abdelmalek Sellal, est enfin nommé quatre mois après les législatives du 10 mai qui ont vu le FLN rafler la mise dans une élection où le premier parti est, avec 48 %, celui de l’abstention. Est-ce le signe d’un nouveau départ pour son 3ème mandat ou la confirmation du mandat de trop pour Boutef comme le nomment les Algériens, maître incontesté de la politique gouvernementale ? Regrettera-t-il l’amendement constitutionnel de 2008 lui permettant de briguer ce 3ème mandat ? Que pensent les Algériens, cinquante ans après l’indépendance, de la situation de leur pays

Syrie : que peut faire l’Iran ?

Le rêve de Khomeiny achève de se briser. Immédiatement après sa prise de pouvoir en 1979, l’austère Ayatollah a mobilisé des dizaines d’érudits pour entamer la rédaction d’une « encyclopédie islamique ». Consigne était donnée d’être fidèle aux enseignements chiites tout en se gardant de heurter les consciences sunnites (voir le supplément Spécial Iran , janvier 2006). Cette tentative de réconciliation doctrinale était accompagnée d’une vision géopolitique dont le Hezbollah était la pièce centrale. Ce mouvement (chiite) libanais devait soutenir la résistance palestinienne (sunnite) et avait la

Syrie : les peurs et les haines

Assad ne recule devant aucune atrocité, c’est certain. Ses opposants feraient-ils preuve de mansuétude à l’égard des minorités religieuses ou ethniques ? Ce n’est pas sûr. Les Alaouites, qui ont confisqué l’essentiel des pouvoirs et comptent pour environ 10% de la population, sont presque unanimes à craindre des massacres en cas de chute du régime. Les chrétiens, les Druzes, les Kurdes ne l’avouent pas sans honte mais préfèrent « le diable qu’ils connaissent déjà » aux probables méfaits d’une majorité de plus en plus conquise par le wahhabisme, cette version saoudienne d’un Islam combattant

Tunisie : laboratoire sociétal

Un véritable choc de civilisations se produit actuellement au Maghreb sans que personne n’y prête attention. Un an après avoir impulsé la vague des chambardements arabes, la Tunisie a été précipitée dans le trou noir des pays sans intérêt où il ne se passe rien. On ne retient qu’une donnée : largement vainqueur des premières élections libres, les islamistes ont fait main basse sur la démocratie. Grosse erreur. Car, si les intégristes d’Annahda trustent effectivement les portefeuilles ministériels, la réalité du pouvoir leur échappe. Contre eux s’élèvent 90% de la presse (y compris les télés et