
Malmenées par Bush, les réalités profondes du Moyen Orient se vengent. Avant de quitter la Maison blanche, le sortant voudra-t-il à son tour se venger de ces réalités ? C’est-à-dire monter une opération de force contre l’Iran ?
Espérons que ceux qui tiennent une telle perspective comme irréaliste ne se trompent pas. On peut cependant craindre que la tentation subsiste. La publication en décembre du rapport des services de renseignement américain selon lequel les Iraniens avaient mis fin à leur programme nucléaire militaire en 2003 s’apparente plus à un épisode des dissensions entre administrations américaines qu’à un réel tournant de la politique de Washington.
Quant au gouvernement d’Israël, qui avait critiqué ce rapport, il est sûr qu’il n’a pas cessé de tenir une détention de l’arme nucléaire par l’Iran comme inacceptable et rien ne dit qu’il restera toujours inactif.
Aujourd’hui, tous les fils sont noués entre eux de façon inextricable. Les conflits se recoupent. L’Iran, qui aide le Hezbollah et le Hamas, est-il tout à fait sûr de contrôler l’un et l’autre ? Si le protecteur et le protégé poursuivent en gros les mêmes buts, le protecteur ferait bien de s’assurer qu’il n’y a pas quelque part un « agenda caché ».
Ce qui est souvent le plus dangereux, ce sont les conjonctions entre certains acteurs. Ces conjonctions qui rendent la somme des différentes parties plus dangereuse que chacune d’elles. Le phénomène de la plus petite partie d’une alliance entraînant l’autre dans son intransigeance a joué son rôle en août 1914 – la petite et irréconciliable Autriche entraînant l’Allemagne, la Serbie belliciste tirant la Russie derrière elle. Le petit Israël attirera-il la puissante Amérique dans une erreur catastrophique ?
Commentaires
J'attire votre attention sur cet extrait d'un récent article de John Hulsman de la DGAP, think tank de politique étrangère à Berlin :
"Beaucoup d’Américains se méfient des intentions des Européens, et pensent que leur diplomatie actuelle, marquée par un rythme très lent, vise à embourber les Américains et les obliger finalement à consentir à une capacité nucléaire iranienne. En d’autres mots, beaucoup d’Européens ont plus peur d’une action militaire américaine que d’un Iran avec des armes nucléaires.
C’est une interprétation dangereusement erronée de la culture stratégique américaine, qui chez les Démocrates comme les Républicains met l’accent sur la résolution des problèmes plutôt que sur leur gestion.
Le trio de l’UE (France, Allemagne, Royaume-Uni) doit se laisser convaincre que, paradoxalement, la plus dure est leur politique à l’égard de l’Iran, le moins probable seront des frappes américaines ou israéliennes.
Mais ce sont les Allemands et les Italiens qui ont des investissements considérables en Iran - qui pourraient encore s’accroitre - qui possèdent le bâton diplomatique, et compte tenu de leur disposition traditionnelle à (ne pas) l’utiliser, c’est inquiétant."
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